La bioaccumulation
le mercure de Minamata

Texte inspiré de l'article " Les empoisonneurs de Minamata " de Lionel Dersot, Sciences & Vie junior N° 98, pp. 36-38.

Le cauchemar commence au milieu des années 50 dans la baie de Minamata au Japon : des chats deviennent fous, des oiseaux se laissent tomber du ciel comme des pierres. Puis le 21 Avril 1956, un enfant est hospitalisé parce qu'il n'arrive plus à marcher, à parler, ni même à manger. Quelques jours plus tard, trois autres malades arrivent à l'hopital de Minamata. Puis dix. Puis vingt. tous présentent des troubles de l'équilibre et du langage, des tremblements, des délires. Des bébés, atteints dans le ventre de leur mère, naissent avec des troubles nerveux incurables et des déformations physiques gravissimes, les mains et le corps affreusement tordus. On croit d'abord à une épidémie. Puis les soupçons commencent à se tourner vers la société Chisso, usine de produits chimiques, employeur principal de la ville.

En 1932, l'usine commence à produire de l'acétaldéhyde en utilisant du mercure et rejette ses déchets dans la baie. En 1959, le docteur Hajime Hosokata, employé de la firme Chisso, mets en évidence la cause du mal grâce à des expériences sur des chats. Ses employeurs le prient de garder le silence. Ce qu'il fit. D'autres commissions d'enquête arriveront à la même conclusion mais l'usine continuera à déverser ses déchets mortels (avec la bénédiction du maire, ex-directeur de la société et inventeur du procédé utilisant le mercure).

Durant les années qui suivirent, les personnes touchées par la terrible maladie qui osaient accuser la firme bénie, étaient montrées du doigt. Mais le mal s'amplifiant, les victimes et leur famille s'organisèrent en groupe de défense. Symbole de leur lutte, Tomoko Uemura née gravement estropiée participera aux manifestations dans les bras de sa mère et mourra à l'âge de 21 ans.

En 1969, soit dix ans après la découverte de l'origine du mal, Chisso fut appelée pour la première fois au banc des accusés : sur son lit de mort, après treize années de silence, le docteur Hajime Hosokawa avait, sur son lit de mort, apporté les preuves qui manquaient aux plaignants. Débute alors un interminable feuilleton judiciaire entre des petites gens et un puissant industriel soutenu par le gouvernement japonais.

En 1996, quarante ans après l'apparition de la maladie, 37 ans après la mise en évidence de la culpabilité de la firme, les victimes obtiennent enfin réparations : leur souffrance et leur mort est estimée à 1,25 millions de francs par victime.

Moralité : au pays du soleil levant et du miracle économique, la vie vaut 1,25 millions de francs. Si cela vous tente, allez donc y vendre la vôtre.

Le mercure et la bioaccumulation.
Pourquoi ce métal extrèmement toxique est-il présent dans les thermomètres médicaux distribués en pharmacie ? Tout d'abord précisons que ces thermomètres à mercure ne sont désormais plus vendus au grand public et que vous êtes d'ailleurs tenus de rapporter le vôtre en pharmacie. Dans votre intérêt car s'il casse entre les mains d'un enfant gourmand.... S'il casse entre vos mains, réussirez-vous à récupérer tout le mercure et ainsi à l'empécher de se retrouver tôt ou tard dans la nature. Mais revenons à nos moutons : pourquoi répandre si peu de ce métal dans la nature est criminel ? Dans la nature, le mercure se transforme sous l'action des bactéries en mercure organique très toxique. Puis il s'accumule dans les organismes constituant la chaîne alimentaire (phytoplancton -> zooplancton -> mollusque -> poisson). C'est ce qu'on appelle la bioaccumulation. Ce phénomène se produit également pour d'autres molécules de synthèse tels les PCB ou le DDT et la plupart des métaux lourds tel le plomb (cf. le scandale de Noyelles-Godault).

Dans les mollusques et poissons de Minamata on a relevé des concentrations de mercure 10 000 fois supérieures à celles de l'eau alentour. Ingéré par l'homme il agit alors lentement, sur plusieurs mois, voire plusieurs années, détruisant inexorablement le système nerveux central et les nerfs périphériques, entrainant la paralysie voire la mort. Lorsqu'il atteint un foetus, le bébé peut naitre avec des difformités affreuses (si le coeur vous en dit, voir la photo de Tomoko Uemura dans le Sciences & Vie junior).

Et les rejets mortels ? Commencés en 1932, l'usine les interrompra en 1968. Contrainte par la loi ? Non. Par souci pour l'environnement et la santé des autochtones ? Non plus. Les mortels rejets s'interrompront parce que la société trouvera un procédé plus moderne et moins coûteux !!! Quant aux dirigeants de l'usine, ils sont un peu moins riches mais ils se portent bien. Merci pour eux !

En savoir plus sur la toxicité du mercure : voir le guide de gestion du mercure pour les établissements de santé au Québec (ce guide s'adresse principalement aux intervenants du secteur de la santé mais il pourra également être utilisé dans tout établissement institutionnel, scolaire ou autre, où se trouve du mercure).