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![]() le trou record dans la couche d'ozone en automne 2003 (crédit : NASA) |
Automne 2003, nouveau record : après les record de
2000, 2001, voici le record 2003. |
L’étendue
des dégâts
en
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Septembre 2000, 28,3 millions de km2,le record précédent est battu. Quoique l'on mesure une baisse des CFC dans la basse atmosphère, la couche d'ozone continue à se dégrader dangereusement. Etant donnée l'inertie du processus, on s'y attendait. Plus grave, l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère contribuerait également à une dégradation de la couche d'ozone. (source : NASA, 3 octobre 2000, rapporté par Infosciences. Consulter la brève téléchargée, information confirmée en novembre (source: conférence Mar del Plata, AFP) |
ACTUALITE PRECEDENTE
:
Janvier 1999, nouveau record pour le trou d'ozone
: 27,3 millions de
km2, soit cinquante fois le
territoire
français : c’est la superficie du trou d’ozone au-dessus de
l’Antarctique
(mesuré
par les satellites américains TOMS et SBUV).
Selon les scientifiques de la NASA, ce record est provoqué par
une
baisse de température qui active la destruction de l’ozone par
le
chlore issu des chlorofluorocarbones
(CFC). (extrait
des brèves de Sciences
&
Vie).
La couche de l'ozone de
l'Arctique n'est pas encore trouée comme au Sud. Mais en hiver
et
au printemps, il arrive qu'elle diminue de plus de 60% ... lire"
L'ozone
de l'Arctique sous surveillance "par Infosciences,
janvier 2000.
La
découverte du trou dans la couche d'ozone
LE professeur Paul
Crutzen a la pose et le propos modestes. Ce Prix Nobel de chimie
avoue
que c'est par hasard, alors qu'il travaillait dans les années 60
comme informaticien à l'Institut météorologique de
Stockholm, qu'il a été amené à faire une
des
grandes découvertes du siècle. Contrairement à ce
que toute la communauté scientifique croit à
l'époque,
il établit que la couche d'ozone qui, là-haut,
protège
les hommes et les plantes des ultraviolets meurtriers du Soleil ne se
renforce
pas, mais qu'elle s'amincit dangereusement sous l'action des
molécules
chimiques en provenance de l'activité industrielle. Le
désormais
célèbre " trou dans la couche d'ozone " est
démasqué,
mais la nouvelle, en 1970, est tellement stupéfiante que Paul
Crutzen
garde sa découverte pour lui : " Je n'étais pas
chimiste
et je me disais que je devais m'être trompé. Il y avait
tant
de chimistes dans le monde... "
Deux ans plus tard - consacré à des études chimiques à Oxford -, il publie ses travaux. Au même moment, les professeurs Sherwood Rowland et Mario Molina aboutissent à des résultats identiques. Ils obtiendront le Nobel ensemble. L'humanité échappera t-elle au risque majeur que font peser sur elle ces molécules invisibles et inodores (chlorofluocarbones et oxydes d'azote) présentes dans les aérosols et toute la chaîne du froid ?
Treize ans plus tard, en 1987,
et
malgré le baroud d'honneur de quelques bataillons scientifiques
repliés dans la tranchée du scepticisme et les cris de
désespoir
de la plupart des milieux industriels, la communauté
internationale
adopte un protocole d'arrêt des gaz tueurs d'ozone. C'est une
première
qu'il faut saluer : le
protocole de
Montréal constitue le premier contrat international qui
fixe
les conditions écologiques de fabrication et d'emploi de
certains
produits chimiques. En ce sens c'est une victoire.
Cependant, ce protocole est bien en
deçà
de ce que les scientifiques exigeaient à savoir une
réduction
immédiate de l'utilisation des CFC d'au
moins
85 %.
Malgré ce protocole, l'industrie chimique ne s'est pas effondrée. Les entreprises les plus puissantes ont en effet rapidement produit des gaz de substitution non interdits mais ne préservant pas tous la couche d'ozone bien au contraire.
La couche d'ozone est-elle sauvée ? Les cancers de la peau ne se multiplieront-ils pas ?
Affaire
classée ?
Hélas rien de moins sûr !
En effet, étant donné l'effet de retardement de 10
à
30 ans, les mesures prises ne porteront vraiment leur fruit à
partir
de 2004. En 1992, on constatait que la couche continuait à se
dégrader
plus rapidement que prévu, le trou atteignant dans l'Antarctique
une surface de 14 millions de km2
soit
25 fois la superficie de la France. L'ozone déserte
également
l'hémisphère Nord où sa concentration a
diminué
de 6 à 8 % depuis 10 ans, à un rythme deux fois plus
rapide
que prévu. En 1998, le trou atteignait 27,3 millions de km2
soit
50 fois la superficie de la France (cf. supra). En 2000, le
record
était encore battu avec 28,3 millions de km2.
Outre les dérogations laissés au pays du Tiers Monde (délai d'application de 10 ans) ainsi qu'à URSS (on interrompt pas un plan quinquennal !), les industriels (Dupont de Nemours, Atochem, ICI,...) ont vite fait de trouver des gaz de substitution (HCFC, HFC) non interdits : non seulement ils sont ozonicides mais en plus ils contribuent fortement à l'effet de serre. Le protocole de Montréal est amendé une première fois en 1990 à Londres puis en 1992 à Copenhague suite à la nouvelle dégradation constatée de la couche d'ozone.
Interdiction totale des CFC exigent les scientifiques
Plus aucun doute ne subsiste sur la
destruction
de la couche d'ozone par les CFC.
Pour Paul Crutzen : " Les accords du
Protocole de Montréal font plutôt penser à une
euthanasie
pour la couche d'ozone ".
En 1988 au Symposium international sur
l'ozone, Peter Fabian, spécialiste de l'atmosphère
à
l'Institut Max Planck déclare :
" Il est grand temps que nous
placions les politiciens devant leurs responsabilités ".
Sherwood
Rowland, comme de nombreux autres scientifiques réclame
l'interdiction
de tous les CFC.
Les conséquences
Une étude des autorités américaines de l'environnement (EPA), publiée en 1982 estime que 40 millions d'Américains seront atteints de cancer de la peau dans les prochaines 80 années. Selon le Programmes des Nations-Unies pour l'Environnement (PNUE) une diminution d'ozone de 10% provoquerait 300.000 cas de cancer de la peau chaque année. Les populations vivants sous les tropiques où les ultraviolets sont quatre fois plus forts que dans les régions tempérées seraient particulièrement touchées. D'ailleurs, en Australie, on déconseille déjà à la population de s'exposer au soleil entre 11 et 15 heures. Notre système immunitaire se trouverait affecté. On a déja constaté des effets sur la faune et la flore.
Peut-on se passer des gaz ozonicides ?
A quoi servent-ils ?
Les CFC : Massivement utilisés dans l'industrie du froid, des mousses, des aérosols et des solvants.
Les HCFC : développés comme substituts des CFC, leur production à démarré en 1988. Moins aptes à atteindre la couche d'ozone car de durée de vie plus courte. Production annuelle : par dizaines de milliers de tonnes. Progressivement éliminés à partir de l'an 2000.
Les HFC : développés comme substituts "définitifs" des HCFC, ils constituent un gaz à effet de serre... d'un effet 3 200 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. Les USA et la grande-Bretagne souhaite le contrôle de leurs émissions.
Le trichloroéthane : Utilisé pour dégraisser les surfaces métalliques et pour le nettoyage à sec. Production annuelle: 500.000 tonnes.
Le bromure de méthyle : Utilisé par les pépiniéristes, les horticulteurs et les maraîchers pour désinfecter la terre, les locaux de stockage, les véhicules de transports de produits agricoles. Production annuelle : des dizaines de milliers de tonnes (cf. "A l'assaut de la couche d'ozone", du 8 janvier 1999 sur "Infoscience : la science on line" (traduit de : Science, vol.283, pp. 55-57)).
Des substituts possibles
Aérosols : de nombreux substituts aux CFC existent : cependant le CO2 et l'oxyde d'azote contribue à l'effet de serre, le pentane et le butane sont inflammables et contribuent de plus à la production d'ozone, gaz irritant et nocif, dans la troposphère, là ou nous vivons. Seul l'air comprimé et la pression mécanique (vaporisateur) sont sans effet néfaste. Alors si vous n'êtes pas atteint d'une myopathie de l'index, utilisez votre force musculaire pour vaporiser. Les calories dépensées contribueront de plus à garder votre ligne !
Industrie électronique : le CFC utilisé pour le nettoyage des soudures peut être substitué par l'alcool ou par l'eau additionné de détergent. L'alcool est 70 fois moins cher que les CFC et est recyclable. IBM procède déjà ainsi et n'est pas en faillite. La société Billington et Sons commercialise un dégraissant à base de zeste d'orange, efficace contre l'huile et le goudron même sur la peau humaine.
Industrie du froid : en 1992, l'entreprise Foron, société d'ex-RDA, avec le soutien de Greenpeace-Allemagne, mettent au point un réfrigérateur entièrement conçu à base de gaz naturel : aucun CFC, HCFC ou HFC n'est utilisé tant pour le fluide réfrigérant que pour souffler les mousses isolantes. Ils sont remplacés par du pentane, du cyclopentane et un mélange de butane/propane. Quoique plus cher à l'achat, sa consommation énergétique a été réduite. Les grands constructeurs ont aussitôt emboité le pas et Bosch, Siemens, Miele, Liebherr, Electrolux, AEG, et Bauknecht produisaient déjà en 1995 plus de 3 millions d'unités utilisant le gaz naturel. Depuis Quelle, Vestfrost et Whirlpool ont rejoint les rangs et fin 1996, c'est 10 millions d'exemplaire qui ont été vendus dans le monde. En Allemagne, tous les réfrigérateurs actuellement sur le marché sont de cette technologie tandis qu'aux USA les fabricants font du lobbying pour conserver l'ancienne technologie polluante. (en savoir plus sur la technologie Greenfreeze)
Emballages : quoique la substitution est en cours de réalisation dans ce domaine, la meilleure alternative reste le renoncement aux conditionnements inutiles. Par exemple, les barquettes en plastique expansé contenant la viande des grandes surfaces sont soufflés aux CFC. Il en est malheureusement de même pour tous les matériaux isolants expansés. Au moins ceux-ci servent-ils à diminuer la production de gaz à effet de serre ou de déchets radioactifs. Cependant, les laines isolantes constituent de bons substituts.
Agriculture : aux Pays-Bas, les maraîchers utilisent de la vapeur d'eau pour désinfecter leur terre à la place du bromure de méthyle.
Extincteurs : le dioxyde de carbone remplace le halon. Ceci dit l'utilisation des extincteurs, instrument sauveur de vie par excellence, n'est pas sujet à une demande croissante ni à une consommation abusive.
Conclusion
Comme pour bien d'autres problèmes environnementaux, les industries utilisent toujours la même stratégie pour retarder la mise en oeuvre de mesures efficaces :
1) Commencer par mettre en cause les présomptions des scientifiques sur les origines anthropiques (liées aux activités humaines) du problème et se retrancher derrière les phénomènes naturels qui produisent les mêmes effets. Si possible, trouver du renfort dans la mise en doute par quelques scientifiques, les plus faciles à convaincre étant ceux appartenant aux entreprises concernées ;
2) Lorsque les preuves sont là, affirmer que la mise en oeuvre des mesures doit être trés trés progressive sous peine de mettre à mal tout un pan de l'économie avec la menace des licenciements qui en découleraient ;
Face à cette stratégie, les politiques qui vivent dans un monde spatio-temporel très restreint - la durée de leur mandat électoral pour le temps, les frontières du pays pour l'espace - et obnubilés par la "vertueuse croissance", cèdent sous la pression de ces lobbies industriels aidés en cela - il faut le reconnaître - par l'apparente indifférence des populations qui n'ont peut-être ni les informations, ni la capacité de se projeter dans le futur. Cela est dommage car nous construisons aujourd'hui le monde de demain : les CFC que nous consommons aujourd'hui - par confort et non par nécessité - 'construisent' la couche d'ozone de nos enfants. De même que notre électricité nucléaire d'aujourd'hui construit la radioactivité de demain.
Glossaire